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[Contribution] La crise au Mali : Une occasion de redresser un modèle de développement

Aperçu du haut de la place d’indépendance du Mali. Photo d'illustration ©Mali-Online

Le Mali, au lendemain de l’indépendance, les pères fondateurs Modibo Keita et ses condisciples fussent des grands libérateurs, mais ont eu du mal à bâtir le Pays sous un angle de développement économique à l’idéologie socialiste, dirigiste et planifiée, à cause de l’incompréhension des uns et des autres et le refus du sacrifice qui encourrait pour un avenir meilleur.


En 1968, coup d’Etat inévitable, dictature militaire non souhaitée, s’est construite au grand dam des aspirations du peuple malien désemparé dorénavant, à bas Modibo, vive Moussa Traoré, après une décennie, le regret sans précédent s’installe de tous bords.

Ce régime, sans abandonner l’économie planifiée, a brusquement basculé dans l’ordre néolibéral à outrance dû aux conjonctures économico-financières et géopolitiques de l’époque (la crise de la dette souveraine 1982, consensus de Washington ).
Entraînant le désengagement de l’Etat dans la sphère économique, privatisation et dénationalisation des entreprises publiques pour motif de réduire le déficit budgétaire sans vision stratégique. En conséquence, la corruption ( qui a entraîné la fragilisation du lien social) dans toutes ses formes devient l’arme fatale de la classe dirigeante pour s’éterniser au pouvoir. Le terme ” développement  » est très fréquent dans le jargon politico-politicien, mais inexistant dans la réalité.

La frustration du peuple s’agrandit, qui vit dans la faim et famine, sans éducation de base, traversé par deux géants fleuves d’Afrique, mais manque d’eau potable et d’électricité. 

Vive, la démocratie ( la déclaration de la baule 1990), les anciens collaborateurs de la dictature devenus démocrates avaient promis le développement tant attendu, François Mitterrand disait ceci devant les chefs d’Etats africains en 1990 “ Pas de démocratie sans développement et vice-versa “, cette maxime devenue le credo de la nouvelle classe politique dirigeante.
30 ans après, nonobstant les différents projets et programmes de développement dans tous les secteurs clés de l’Etat, avec le concours des institutions de Brettons Woods ( FMI et La Banque Mondiale). 
Cette démocratie s’est traduite en démocrature, et le développement a été de justesse édicté dans la loi, mais inexistant dans la vie du quotidien à cause de la mal gouvernance et le comportement de mauvais gestionnaires d’Etat nourris à des intérêts égocentriques.

  • Aujourd’hui, au moment où le Mali est en train de négocier sa sortie d’une crise profonde sans pareille dans son histoire moderne, sa situation actuelle peut se résumer comme suit :
  • – L’Etat et les institutions publiques, très fragilisés et en perte de crédibilité.
  • –  Les forces armées et de sécurité́, en difficulté réelle pour assurer la sécurité́ des populations et pour défendre l’intégrité́ du territoire national, ont besoin d’être reconstituées et modernisées ;
  • – Les partis politiques et la société civile, en panne d’initiatives, sont fortement interrogés ;
  • – Les maliens de l’intérieur et de l’extérieur, blessés dans leur honneur et leur  fierté, tentent tous azimuts de se mobiliser et retrouver leur dignité.

Cette crise multiforme et complexe menace l’existence de l’Etat en tant réalité juridique et qui a faibli la volonté de vivre ensemble, donc un nouveau contrat social s’impose.
L’urgence n’est plus de critiquer ni de faire la gloire du passé, mais l’urgence est incontestablement de proposer après un diagnostic clé de fond.

Il me revient de droit et devoir de mettre en exergue d’ouvrir le débat sur un modèle de développement d’inspiration libérale, qui de ma conviction profonde permettra de satisfaire les désidératas de nos concitoyens maliens, qui a démérité ce mal-développement et pauvreté chronique devant disparaître cahin-caha, face aux tempêtes de l’histoire.

Le Mali est un Pays qui possède de nombreux atouts naturels incommensurables comme tout autre pays, et qui peut aspirer à une ambition de développement, pour ce faire le Mali se doit plus que jamais d’exploiter ses atouts sans complaisance et capitaliser sur ses réalisations, sous la houlette d’un “ Comité stratégique de développement” composé des technocrates et les commis d’état chauvins.
Cette voie de développement doit permettre de concrétiser l’inclusivité, de solidarité, de l’égalité des chances, de genres, et couronner par une approche de durabilité.

Il est impératif de se diriger vers les perspectives cardinales de notre gouvernance pour concrétiser l’ambition escomptée.
Ainsi, les citoyens doivent être dotés de conditions et de moyens pour contribuer effectivement et s’approprier de son développement. Les femmes doivent être au cœur du processus de développement. Le monde rural doit cesser d’être isolé, doit être équipé, contribuant ainsi suffisamment au développement du pays. La décentralisation doit désormais devenir une réalité, sous l’angle du développement territorial afin de rendre nos collectivités compétitives, connectées, intégrées, attractives et créatrices d’emplois et de richesse dans un monde globalisé. Des entrepreneurs soumis à des contraintes, limitant leur initiative et réduisant les champs d’opportunités. Une orientation peu lisible des politiques publiques et une exécution parfois lente et dérisoire, est l’ennemi du développement.

En outre, pour que l’Etat existe, il faut des grands choix pour créer la confiance et faire du Mali un Pays prospère et solidaire pour tous ses citoyens.

  • Choix 1: Un système d’éducation et de formation national, centré sur l’apprenant, basé sur la responsabilisation des acteurs ( corps enseignants et élèves).
  • Choix 2: Des services publics performants et accessibles basés sur la responsabilisation des acteurs.
  • Choix 3 : La promotion de réduction des inégalités sociales.
  • Choix 4: Une concurrence garantie, un climat d’affaires favorable basé sur la sécurité juridique.
  • Choix 5: Un plan structurel de l’économie, axé sur l’entrepreneuriat et l’innovation visant l’émergence industrielle.
  • Choix 6 : L’existence d’une garantie d’égalité devant la loi, la promotion des femmes capables et actrices du développement.
  • Choix 7 : La garantie d’un État de Droit, est un préalable à la réalisation de tous projets de développement.

On a coutume de dire, les Pays sous contraintes deviennent intelligents s’ils ne sont pas gâtés, mon espoir est que le Mali ne soit pas gâté, un peuple résilient, capable de relever de défis des énormités. Cet article ne prétend en aucun cas l’exhaustivité.
En guise de conclusion, pour paraphraser Karl Marx, “Maliens de tous bords, unissez-vous !” Ouvrons vite le débat sur notre modèle de développement endogène et durable.


Guindo Issiaka, étudiant à l’Université de Paris.

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