Mali-Online
Politique

[Contribution] Mali : l’éducation politique par Facebook

Image d'illustration

De l’activisme sur les réseaux sociaux au militantisme de terrain, les nouvelles formes d’engagementpolitique au Mali, voilà ce que Facebook représente au Mali.

Là où le programme scolaire d’Éducation Civique et Morale (ECM) a échoué au Mali, Facebook a remportéd’immenses résultats aussi bien positifs que négatifs à bien des égards.

Facebook est devenu le berceau d’un nouvel engagement. Les réseaux sociaux au cœur des révolutions arabes, sont aujourd’hui et il y’a 7 ans au cœur de la politique malienne, des manifestations révoltantes répétitives. Derrière leurs ordinateurs, des nouveaux militants changent la face du Mali, nourrissent le débat, font circuler les idées pour les faire rejaillir dans la société civile, ils font et défont la réalité, ils se sentent experts sur toutes les questions parfois compliquées et complexes. Des positions partisanes de tous bords en dehors de l’arène politique où l’opposition politique fustige les partis et dirigeants au pouvoir, Facebook semble devenir l’Assemblée nationale autoproclamée, en son sein les activistes, tout confortablement installés dans leur salon, sans prendre de risques, opinent et font pression sur l’exécutif gouvernemental à changer de cap.

Au Mali, on ne craint plus grand-chose en cliquant sur le bouton « J’aime » de Facebook, en partageant ou enchangeant la photo de son profil en signe de soutien à une cause.

Avec Facebook, la relation classique et traditionnelle entre les politiques et les citoyens est aujourd’hui bouleversée. Les hommes politiques sont aujourd’hui contraints de passer tour à tour sur les pages Facebook afin de s’expliquer et de se donner une visibilité plus que jamais utile.

Facebook au Mali a facilité la collaboration entre les personnes en faible posture, les démunis qui pourraient ainsi se coordonner pour faire entendre leur voix. Il y’a sept mois lorsque plus de 50.000 Maliens sont descendus dans les rues de Bamako pour répondre à l’appel de l’influent imam Mahmoud Dicko contre le régime d’IBK, on peut appeler cela la « Révolution Facebook », parce que le réseau a été beaucoup utilisé pour gonfler les rangs des manifestations. Quelques jours plus tard, lorsque les putschistes renversent le Président IBK, les maliens ont suivil’événement en direct telle une télé-réalité.

La forte capacité de mobilisation par les activistes sur Facebook s’est illustrée comme un moyen efficace et efficient, le pionnier de ces influenceurs est sans doute incontestablement Ras Bath, qui depuis 2016 a fait de Facebook son arme nucléaire pour anéantir les élites politiques vieux et jeunes, avec un langage hostile et outrageux. Dans le sillage, des médias comme Ouverture Média, Kati 24 vont jusqu’à rivaliser avec la chaîne nationale dans ladiffusion des informations.

Le Mali, 20 millions d’habitants et un taux d’alphabétisation autour de 36%, ainsi peu de gens savaient et détenaient des informations sur le fonctionnement de l’Etat, l’éducation civique à l’école ne donne point de résultats, face à ce vide comme on le dit très souvent “ la nature a horreur du vide ’’. Facebook se tient debout contre vents et marées et participe principalement aujourd’hui à l’éducation politique et civique des Maliens.

En conséquence, on constate une réelle éducation politique des Maliens aussi plus positive que négative, tout malien aujourd’hui est capable de donner son avis et donne son avis d’ailleurs sur les questions politiquesquotidiennes du pays. Comment fonctionnent les institutions ? Qui est ce Ministre des finances ou de l’éducation ? Qu’est-ce qui a été décidé au conseil des Ministres ? Qu’est-ce que la France fait au Mali ? Les actes de détournement de fonds publics et de la corruption ? La constitution (La multiplication des appels à marcher contre le projet de réforme de la Constitution en 2017). Voilà autant de questions sur lesquelles le Malien lambda peutaujourd’hui facilement et promptement donner son avis plus ou moins vérifiable.

Facebook est devenu la voix des sans voix et a permis à la diaspora malienne de participer pleinement à la vie politique. On voit très progressivement les maliens de l’extérieur, détenir des pages Facebook, donner leurs avis sur les actualités politiques et tenir des émissions qui sont suivies par des milliers de Maliens en occurrence RP-Media.

Et pourtant, 15 ans en arrière, les maliens se préoccupaient peu de savoir qui est Premier Ministre. Les Maliens aujourd’hui sur Facebook, peuvent pousser un élu à la démission, l’affaire Karim Keita, fils de l’ancien président IBK, qui a démissionné de la présidence de la Commission de Défense, Sécurité et de la Protection civile, de l’Assemblée nationale du Mali après la fuite d’une vidéo où on l’aperçoit sur une plage espagnole entrain de faire la fête avec ses amis, est l’exemple archétype, et bien d’autres exemples.

Force est de constater que tout n’est pas rose sur Facebook, qui est devenu aussi avec des utilisateurs malintentionnés une tribune de révélations de secrets, d’insultes et de diffamations sous toutes ses formes, de publications des images malsaines et triviales.

Plus loin Facebook au Mali est envahi d’activistes politiques souhaitant manipuler l’opinion publique, qui sont des « acteurs organisés » gouvernementaux ou non, dont l’objectif est de

« Fausser les tendances politiques nationales, dans le but d’impacter les décisions politiques ». Les méthodes utilisées par ces acteurs : « Les fake news, la désinformation et des réseaux de faux comptes visant à manipulerl’opinion publique. »

Guindo Issiaka, Étudiant à l’université de Paris

Vous pourrez également être intéressés par

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désabonner si vous le souhaitez. Accepter Lire plus