Mali-Online
Politique

Crise diplomatique entre Paris et certains dirigeants du Sahel : Le système impérialiste français depuis 1960 en Afrique s’effrite

Pancarte anti-française lors de la manifestation du M5-RFP, mardi 11 aout 2020.

Vomie en République Centrafricaine, acculée au Mali et interdite de survoler l’espace aérien algérien, la politique des derniers mois du régime de la France d’Emmanuel Macron, qui rappelle les années sombres de Nicolas Zarkosy, est plus que jamais décriée par la nouvelle génération de dirigeants africains, qui refusent le système paternaliste français et jettent les prémices de l’affranchissement du joug de l’ex-puissance coloniale.

De la République Centrafricaine en passant par Dakar, la Guinée, le Mali jusqu’en Algérie, la politique impérialiste instaurée par la France peine à s’appliquer à la nouvelle génération de dirigeants d’Afrique francophone, nés pour la plupart après les indépendances.

Comme le dit l’adage qui chasse son naturel il revient au galop. C’est en tout cas ce qui s’apparente à l’attitude paternaliste et condescendante adoptée par le plus jeune Président de l’histoire de la 5ème République française, Emmanuel Macron, qui au mépris des relations diplomatiques n’hésite plus à imiter ses prédécesseurs pour dicter sa volonté ou l’imposer aux dirigeants africains.

Tantôt certains adoubés en Côte d’ivoire pour avoir réalisé un coup d’Etat civil en révisant la Constitution pour briguer un troisième mandat, pareil pour certain au Tchad pour avoir pris le pouvoir sans passer par les urnes sans que l’ex-puissance coloniale n’use de son influence sur la scène internationale pour imposer des sanctions. Et au Mali en passant par la Guinée, les colonels prennent le pouvoir sous les applaudissements du peuple qui visiblement insatisfait de la gestion des régimes en place demande leur départ, la France de Emmanuel Macron, s’oppose et s’érige en donneur de leçon de démocratie. Mal lui a pris en voulant utiliser ce ton condescendant avec le duo Assimi Goïta-Choguel Kokalla Maïga, qui bénéficiant du soutien du Peuple malien, n’a daigné lui répondre en se contentant de faire ce que les gouvernés leur demande.

Comment comprendre que la France puisse décider unilatéralement la réduction de Barkhane au Mali, sa transformation au Sahel en Force Takusba et l’augmentation du nombre des casques bleus sans que les autorités maliennes bien qu’elle les a déjà qualifiées de putschiste sans demander l’avis des Maliens ?
Et en retour, quand le Chef du gouvernement de la Transition à la tribune des Nations Unies déplore cette altitude dans un langage diplomatique en suggérant un changement de paradigme dans la lutte contre le terrorisme devant le monde entier, le Président français s’insurge en se versant dans la colère et les invectives contre les dirigeants maliens.

« C’est honteux… Dans ce que j’attends, c’est que le processus électoral soit fait, que ceux qui sont là par le fruit d’un coup d’Etat respectent la vie démocratique et arrêtent de mettre en prison les dirigeants politiques », a déclaré Macron sous l’effet de la colère lors d’une rencontre publique en France.
En s’inscrivant dans la logique paternaliste et condescendante qui caractérise « nos ancêtres les Gaulois », le Chef de l’Etat français exige des autorités maliennes la tenue des élections dans le délai et s’immisce de façon ostentatoire dans les affaires judiciaires du Mali. Cette colère cache une réalité qui saute aux yeux de beaucoup de personne.

La France, en perte de son hégémonie militaire qu’elle voit en train de se détruire peu à peu au Mali et au Sahel avec une éventuelle arrivée des Russes, joue son va-t’en guerre pour intimider les dirigeants maliens.
Echec ! Parce qu’après 8 ans d’intervention militaire au Mali, les raisons pour lesquelles l’armée française s’est déployée sont toujours-là. L’insécurité est grandissante, les groupes armés terroristes continuent à massacrer, piller et dicter leur volonté aux populations civiles du Centre et du Nord du Mali. Le régime militaire au Mali, lassé d’une présence occidentale qui peine à donner la formation adéquate et à fournir les armements nécessaires aux forces armées maliennes, a décidé de s’affranchir en tournant vers d’autres partenaires qui semblent faire leur preuve dans le Moyen-Orient et dans certains pays d’Afrique.

Certains de ces partenaires « fiable et sérieux » pour répéter les promos du ministre de la Défense du Mali, le Colonel Sadio Camara, sont pragmatiques tant ils ont compris qu’il faut très vite doter l’armée malienne des moyens de combat pour éviter la perpétuelle dépendance étrangère.

Et c’est ce que la Russie a fait, la semaine dernière, en livrant quatre hélicoptères de combat et des minutions offertsgratuitement pour permettre à la grande muette du Mali de s’acquitter de sa mission régalienne. Les autorités maliennes n’ont-elles raison en décidant de voler de leurs propres ailles pour éviter que le scénario afghan ne s’installe au Mali en attendant le jour où ses puissances étrangères plieront leurs bagages ?
Coup dur pour Barkhane.

Comme la France de Macron n’avait pas tiré de leçons au Centrafrique, au Mali et compris les mises en garde du jeune opposant sénégalais, Ousmane Soncko, elle s’en est prise à la mémoire des combattants du FLN et des centaines d’Algériens qui sont morts pour la libération de ce vaste pays d’Afrique. Ce que le régime actuel d’Algérie n’a pas gobé en procédant non seulement au rappel de son ambassadeur en poste à Paris, mais également a pris des dispositions à la hauteur de la gravité des propos de Macron. Elles ont fermé les frontières aériennes aux avions de transports et militaires français qui tentent de se rendre au Sahel. Ce qui représente un coup dur pour la force Barkhane qui a nécessairement besoin de l’espace aérien des Algériens pour mener efficacement ses opérations contre les mouvements des groupes armés terroristes.

La Présidence algérienne dénonce « l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures » et ne cache pas sa déception face aux propos de Macron qui, selon elle, « heurtent fondamentalement les principes devant présider à une éventuelle coopération Algero-française en matière de mémoire »

Source: L’ Indicateur du Renouveau

Vous pourrez également être intéressés par

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désabonner si vous le souhaitez. Accepter Lire plus