Mali-Online
Politique

Démocraties occidentales en crise : L’Afrique doit-elle inventer son propre système démocratique ?

Une femme vote pour l'élection présidentielle à Conakry en Guinée, le 18 octobre 2020. (JOHN WESSELS / AFP) (ILLUSTRATION)

Depuis quelques années, on assiste à des crises dans les démocraties occidentales considérées pendant longtemps comme étant les meilleures. La dernière dérive dans ces démocraties est l’invasion du Capitol par les partisans de Donald Trump, refusant de reconnaitre sa défaite à l’élection présidentielle américaine. Dans ce contexte, l’Afrique ne doit-elle pas inventer un système démocratique propre à ses réalités ?

Le mercredi dernier, le monde entier regardait stupéfait les images des partisans du président américain, Donald Trump envahir le Capitol où siégeait le congrès pour la certification de la victoire de son successeur, Joe Biden à l’élection présidentielle du novembre 2020.

Au-delà de l’indignation provoquée aux Etats-Unis et dans beaucoup de capitales occidentales, l’invasion du Capitol, haut lieu de la démocratie par les partisans de Trump, qui refusent toujours de reconnaitre la défaite de leur candidat, montre que les contestations violentes post-électorales ne sont pas l’apanage des seuls Africains.

En effet, il est fréquent de voir les pays occidentaux appeler à la retenue après des élections dans beaucoup de nos pays. La réaction de Trump et de ses partisans vient de montrer qu’il n’y pas que dans le Tiers-monde en général et l’Afrique en particulier où la démocratie reste perfectible

Selon l’historien sénégalais Mamadou Diouf, professeur d’histoire et d’études africaines à l’Université Columbia à New York, les événements de mercredi dernier aux Etats-Unis vont avoir des conséquences dans les principes démocratiques dans le monde entier.

« Ce qui est intéressant, c’est comment ces manifestations dans une certaine mesure convergent avec ce qui se passe sur le continent africain. C’est-à-dire cette façon de jouer le jeu politique de manière violente et avec des méthodes insurrectionnelles. Ce qui est intéressant dans le cas des Etats-Unis, c’est que les Américains ont toujours conçu leur système politique, leur Constitution comme exemplaire et unique, c’est-à-dire qu’il y a des choses qui ne peuvent pas se passer dans ce pays. Ces choses se sont passées ici. Cela nous montre qu’il n’y a pas une démocratie infaillible », affirme-t-il.

Le comportement des partisans de Trump est loin d’être un cas isolé en Occident. Depuis quelques années les démocraties occidentales, qui nous servent généralement de modèle sont en crise et en déclin. Les pays africains doivent prendre conscience qu’ils ne sont pas les seuls à avoir des problèmes avec leurs systèmes politiques.

« Maintenant, les Africains sont convaincus que les dérives antidémocratiques ne sont pas spécifiques à l’Afrique. L’identification des dérives autoritaires à la nature africaine ne fonctionne pas parce que ces événements se passent dans le pays, qui est considéré comme la plus grande démocratie au monde », déclare Mamadou Diouf.

Après ce qui s’est passé dans le pays de l’Oncle Sam, considéré comme la référence et le donneur de leçon en matière de démocratie dans le monde, il convient pour nous Africains, de nous demander s’il faut toujours continuer avec le modèle universel de démocratie que l’Occident, avec à sa tête les Etats-Unis, tente toujours d’imposer aux pays africains. L’Afrique ne doit-elle pas inventer son propre système démocratique basé sur ses réalités ?

La position de l’historien sénégalais est claire sur ce sujet : « L’Amérique ne doit pas être le modèle des Africains. Les Africains doivent inventer leur propre système, qui correspond à leurs cultures aux circonstances dans lesquelles ils vivent. On ne peut pas copier les autres. Ce qui arrive aux autres sont des leçons pour nous à partir desquelles on peut effectivement trouver des solutions », soutient Mamadou Diouf

Issa Diallo 

Vous pourrez également être intéressés par

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désabonner si vous le souhaitez. Accepter Lire plus