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Deuxième vague de covid-19 au Mali : Comment en est-on arrivé là ?

Pr Akory Ag IKNANE, coordinateur de la cellule nationale de riposte contre le covid 19.

Une deuxième vague de coronavirus sévit au Mali selon l’institut National de Recherche en Santé Publique (INRSP). Dans le but d’avoir des précisions sur la question, la rédaction de Mali Online est allée à la rencontre du coordinateur national de la cellule de riposte au coronavirus, directeur général de l’INRSP, le Professeur Akory AG Iknane. Interview   

Mali Online :  Peut-on parler d’une deuxième vague de covid-19 au Mali ?

Pr Akory AG Iknane : Je pense que l’épidémie de la covid 19 au Mali a évolué en quatre phases et nous sommes dans la quatrième phase. Après une première phase d’ascension qui a duré pratiquement douze semaines et qui a atteint le point le plus élevé, le plus important vers le 15 juin, nous avons une deuxième phase d’effervescence de la courbe épidémique qui a duré huit semaines. Ensuite nous avons une phase en plateau avec un nombre de cas moins élevés qui a duré deux semaines et maintenant depuis trois semaines nous entamons la quatrième semaine où nous avons une remontée du nombre de cas. Nous sommes donc dans la troisième phase, et on peut dire qu’il y a reprise épidémique. 

Mali Online : Les mesures prises au début ont-elles été vaines ? Y’avait-il une part de responsabilité des citoyens, de l’Etat ? Réellement qu’est- ce qui n’a pas marché ?

Pr Akory AG Iknane : Il y a deux facteurs extrêmement importants qu’on peut évoquer. Pendant la première phase il y a un certain nombre de mesures qui avaient été prises par le conseil supérieur de la semaine, par exemple le couvre-feu, la fermeture des écoles, des restaurants, l’interdiction des regroupements de plus de cinquante personnes, bref il y a un certain nombre de mesure nécessaires qui ont été prises et ont ensuite été levées. Le deuxième élément qu’il faut noter est que pendant cette phase, il y a eu beaucoup d’événements qui ont regroupé une masse importante de populations qui ont favorisé cette remontée. Parce que, dès que vous avez un seul cas positif dans un regroupement aussi important, la seule personne peut contaminer 30 à 40 personnes et la contamination va en boule de neige. Je vais rappeler certains de ces mouvements qui sont par exemple le Maouloud où il y a eu un nombre d’individus extrêmement important et les mesures barrières n’étaient pas respectées, les gens ne portaient pas de masques et il n’y avait pas de dispositifs pour laver les mains. Ce qui a beaucoup contribué à accélérer la transmission du germe. Deuxième phénomène extrêmement important, c’est les obsèques du feu président ATT. Nous avions mis des dispositifs de lavage des mains à l’entrée et nous avions distribué des masques à ceux qui n’en avaient pas et nous faisions même des prises de températures. Mais, malheureusement les gens enlevaient leurs masques une fois entrés. Le troisième élément est le pèlerinage de Kita qui a aussi regroupé un nombre important d’individus sans aucun respect des mesures barrières. Il n’y avait pas de règles de distanciation physiques ni d’utilisation des masques. Ce sont des facteurs qui auraient contribué à augmenter le nombre de cas. Le quatrième élément assez important qu’il faut savoir est qu’à la réouverture des frontières, nous avions pris la décision que chaque voyageur devait être soumis à un contrôle et avoir un certificat de test négatif à la covid avant de traverser nos frontières. Pour ceux qui sortent du pays, ils sont d’abord testés et le nombre est allé de 500 aujourd’hui à plus de mille tests par jour. Cela aussi est un moyen de détecter des éventuels cas qui auraient pu être asymptomatiques, s’ils n’avaient pas été testés ne seraient pas détectés. Rappelons que les jeunes très souvent sont asymptomatiques, ça veut dire qu’ils peuvent être porteurs de germes et ils sont extrêmement contagieux parce qu’ils ne présentent aucun signe. Plus les tests sont nombreux, il y a plus de possibilités de pouvoir détecter des cas possibles.  

Mali Online Comment expliquer le fait qu’au moment où le monde tremblait, plusieurs pays étaient en confinement, nous autres, étions dans des manifestations qui drainaient des milliers de personnes, pourtant, en ce temps, il n’y a pas eu de pic de nouveaux cas ?

Pr Akory AG Iknane : Il faut dire que c’est une épidémie qui n’a pas livré tous ses secrets, c’est vrai que pendant les manifestations du M5 RFP, il y avait des gens qui ne portaient pas de masques mais il y’en avait aussi qui le portaient. C’est vrai qu’à ce moment il n’y a pas eu une remontée des cas, mais aujourd’hui, le fait qu’il y a eu la réouverture des frontières, il y’a des arrivées, des cas importés, pourvu qu’il y ait un seul cas, il va contaminer un nombre assez important d’individus. Donc ça c’est des facteurs qui auraient expliqué cette deuxième vague. Je pense que l’autre facteur qu’il ne faut surtout pas négliger, c’est le fait que les populations ont purement et simplement abandonnés les mesures barrières. Au début il y’a avait un sentiment de rejet, mais après, à la longue les gens ont commencé à adopter quelques gestes barrières, on voyait qu’il fallait avoir des masques pour entrer dans les lieux publics, les prises de températures…Mais après il y eu un relâchement, et que ces relâchements peuvent aussi expliquer cette relance de l’épidémie.

Mali Online : Aujourd’hui on constate une banalisation de la covid au Mali, qu’avez-vous à dire aux maliens afin qu’ils puissent respecter au mieux les mesures barrières ?

Pr Akory AG Iknane : C’est cela le grand danger ! D’abord c’est la jeunesse qui, en général, est la plus active, quand on regarde la courbe épidémique ce sont les jeunes qui sont les plus atteints et majoritairement masculins car c’est eux qui se déplacent beaucoup et qui font beaucoup d’activités, malheureusement, le plus souvent ne sont pas symptomatiques, ce qui veut dire qu’ils ne présentent pas les signes de la maladie et pourtant ils peuvent être porteurs du virus et peuvent contaminer les personnes âgées qui sont assez fragiles. C’est pourquoi nous en appelons à l’esprit civique, citoyen des maliens, en particulier les jeunes pour qu’ils croient. Il y en a qui sont encore dans le déni, il y a des gens qui pensent encore que cette maladie a été inventée, c’est bien dommage car nous avons un certain nombre décès et qui décèdent ? C’est surtout les personnes âgées et c’est eux qui présentent une autre pathologie, donc ils sont les plus fragiles. Et puis il y’a aussi le fait que lorsque nous avons baissé la courbe épidémique et qu’elle est restée au plateau pendant douze semaines, les gens pensaient qu’on avait fini avec l’épidémie. Justement, c’est comme si cette reprise a surpris les gens qui avaient déjà baissé les bras.  C’est pourquoi nous en appelons à l’esprit des uns et des autres de reprendre ces mesures barrières. C’est extrêmement important, le simple lavage des mains à l’eau et au savon peut protéger plus de 65 % contre la maladie, ça veut dire que dans 65% des cas si vous vous lavez les mains à l’eau et au savon, vous avez toutes les chances de ne pas pouvoir attraper la maladie. Car le plus important c’est de toucher au visage, à la bouche, au nez, aux yeux et donc si les mains sont propres il n’y a moins de risques se contaminer. Avec le respect des mesures barrières, si les gens respectent les règles de distanciation sociale surtout pendant les activités festives, je pense qu’on pourrait amoindrir cette évolution que nous constatons, qui malheureusement, est un handicap pour le pays au plan social, économique et même sur le plan psychologique. Car si vous êtes atteints de cette maladie, je vous dis, c’est extrêmement désagréable, avec l’insomnie, les bouffées de chaleur, l’anosmie, les difficultés respiratoires… je ne souhaite cela à personne. Pour réduire cette contamination, la jeunesse doit être le rempart, c’est eux qui doivent être porteurs de l’information, de la sensibilisation, c’est grâce aux jeunes qu’on peut réellement vaincre cette maladie.       

Propos recueillis par Abdoulaye Konimba Konaté   

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