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[Édito] Mali : de la Défense à l’Autodéfense ?

Un soldat des forces armées maliennes (image d'illustration)

Un État ne peut prétendre d’être souverain qu’à partir du moment où il a la maîtrise parfaite de sa sécurité et sa défense mais dans un monde de l’interdépendance généralisée, une telle souveraineté n’est acquise qu’à des exceptions près (États-Unis, Chine et Russie), même l’Union Européenne moins encore la France ( en dépit de sa dissuasion nucléaire) et l’Allemagne n’ont la maîtrise de leur défense, ils sont d’une part sous la parapluie nucléaire américaine et d’autre part sous l’arsenal militaire de l’OTAN.

Qu’en est-il du Mali?

8 jours après l’annonce de l’indépendance, le 1er octobre 1960 le Mali fonde son armée pour assurer la sécurité des populations et défendre l’État contre toute attaque extérieure et intérieure puis réclame dès  janvier 1961 le départ des troupes françaises du territoire, rendant caducs les accords de défense signés quelques mois auparavant. L’ambassade soviétique est ouverte dès le 26 janvier 1961 à Bamako et le premier accord de coopération soviéto-malien est signé le 21 février 196. Les Soviétiques seraient même allés jusqu’à garantir un soutien sans faille au régime de Modibo Keita, aux termes d’accords secrets grâce auxquels ils pouvaient intervenir à la demande du président en cas de menace endogène.

Le Mali s’affranchit très vite de la tutelle de l’ancienne métropole française, et proclame son attachement à la géostratégie du non-alignement, refusant la logique des « deux blocs ». Ainsi, il s’autorise à accepter toute aide qui vise à encourager et soutenir la construction économique et militaire de l’État. Modibo Keita devient ainsi un savant de la coopération internationale, utilisant le non-alignement comme un instrument diplomatique. Même lorsque la fraternité sino-soviétique touche à sa fin en 1962, tout en flattant l’égo de l’un, puis de l’autre, le Mali conserve des relations au beau fixe avec les deux régimes. Malgré son faible intérêt stratégique, le Mali bénéficie également de l’assistance technique militaire américaine. La chute de Modibo Keita marque le coup d’arrêt ou, du moins, la mise en sommeil des relations soviéto-maliennes et sino-maliennes au profit d’un rapprochement avec l’Occident. Face à cet échec, l’URSS et la Chine mettent leur querelle de côté afin de conquérir le nouveau régime militaire de Moussa Traore.

Ces éléments décrits illustrent parfaitement comment le Mali indépendant a entre autres affirmé sa souveraineté sans être une puissance.

Malgré que les époques ne soient pas les mêmes, mais le monde a toujours été dans une quelconque guerre froide, il y a toujours des puissances rivales, ainsi, rien n’empêche à ce que les autorités actuelles s’inspirent du jeu diplomatique de naguère non seulement pour diversifier le partenariat mais aussi un moyen d’endiguer la menace terroriste afin d’assurer sa défense.

Le Mali pourrait-il s’auto défendre?

La question reste sans réponse, car comme on l’a susmentionné, rares sont les Pays capables de s’auto défendre.Il s’agit simplement et seulement aujourd’hui pour le Mali d’assurer la sécurité des populations et maîtriser ses frontières internes, pour ce faire, le Mali doit être à mesure d’avoir une vision de la guerre asymétrique, car on le sait bien qu’en matière de la guerre, soit tu attaques, soit tu es attaqué. L’ère est venue pour l’armée malienne d’être aussi offensive que défensive, en ce sens que la meilleure défense est l’attaque. C’est illogique d’affirmer parfois que l’armée malienne n’a pas de moyens et que les militaires ne sont pas bien formés, cependant, les terroristes qui attaquent chaque jour, ont-ils des avions et hélicoptères ? Ont-ils des drones ? Sont-ils formés? Il s’agit d’une guerre asymétrique, donc l’armée malienne doit être hybride pour venir à bout, on ne peut lutter contre les terroristes comme s’il s’agit d’une guerre interétatique. Il faut changer de paradigme !

Force est de constater que, malheureusement, pendant plus de 8 ans de guerre, aucune doctrine militaire ne prévaut au Mali. On ne connaît ni les objectifs ni la vision de l’armée malienne.

La transition actuelle constitue une occasion en or d’établir un livre blanc pour l’armée malienne, de fixer la stratégie de défense et de sécurité nationale avec des objectifs ciblés en temps et en espace, précisant notamment son articulation avec les interventions de ses partenaires et les capacités requises pour la mettre en œuvre dans les quinze à vingt ans à venir.

Guindo Issiaka, étudiant à l’université de Paris.

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