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[Édito] Mali : La corruption contre le peuple !

Le palais de justice de Bamako, Mali (photo d'illustration). AFP/Habibou Kouyaté

Selon un récent sondage de Transparency International, la corruption est devenue une pratique de la police aux chefferies traditionnelles et des leaders religieux. Les victimes restent la population.

Et ce qui disloque un État, c’est bien la haute corruption pratiquée par les hommes politiques depuis de longues années, en conséquence s’est installé un système kleptocrate, système que le régime Modibo Keita a évité à travers l’opération Taxi. Dans les années 70-80, le régime militaire brillait sous la corruption et clientélisme néopatrimonial, pourtant le code pénal de 1976 disposait de peines de mort pour les auteurs des actes de corruption, jamais appliqué, tant mieux.  La politique contre la délinquance financière ( Kokadjè) d’Alpha Oumar konaré n’a eu aucun résultat, d’ailleurs la corruption s’est amplifiée, entre 1998 à 2000, plus de 4 Ministres, le directeur de PMU, de l’EDM et de la CMDT, tous incarcérés, sans être ni jugés ni condamnés, plus tard relaxés sans explications aucune. 

Les arrestations de Soumeylou Boubeye Maiga et l’ancienne Ministre de finance seront elles différentes ? en tout état de cause, les maliens attendent avec impatience les verdicts.

La corruption, un phénomène dangereux qui a gangrené la société malienne. Ses effets touchent toutes les couches sociales, ce qui freine considérablement le développement du pays. Malgré quelques « mesures » pour lutter contre ce phénomène, elle persiste au sein de la société. Nous analysons, ainsi, les réformes possibles tendant à des solutions idoines pour y mettre fin.

Les solutions envisageables pour lutter efficacement contre la corruption sont immenses.

De prime abord, pour mener à bien cette lutte, il est indispensable de mettre l’accent sur la séparation des différents pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Le système judiciaire est l’acteur par excellence de la lutte contre la corruption. Quand il ne joue pas son rôle, tout le système devient corrompu. Il faut un engagement ferme des politiques pour garantir l’indépendance totale du pouvoir judiciaire prévue dans la constitution de 1992 pour qu’il puisse faire son travail et instaurer une répression implacable de la corruption en son sein sans tolérance. 

Force est de constater que quatre grandes institutions participent à la lutte contre la corruption au Mali, le Bureau du vérificateur général créé en 2003, l’office central de lutte contre l’enrichissement illicite(OCLEI) en 2016, la cellule nationale de traitement des informations financières 2008 et le pôle économique et financier du parquet 2003.

Hélas, ce ribambelle d’organismes, le bilan de lutte anti-corruption demeure minable, raison de plus, il faut un renforcement et l’opérationnalisation de ces organes et systèmes de contrôle existants, en les rendant efficaces et capables d’appliquer les normes anti-corruption, ou de procéder à la création d’une cour spéciale en lieu et place de la haute de justice. Depuis 2008, selon le règlement de l’UEMOA, le Mali devrait créer une cour de compte, jusqu’à présent celle-ci n’a pas vu le jour, le mali s’est borné à créer une chambre de cour de compte à la cour suprême, en raison, selon le récent ouvrage de Moumini Guindo, directeur de l’OCLEI, de 1960 à 2012, on a aucun contrôle sur la finance de l’Etat Malien.

L’Etat doit remplir efficacement son rôle.

S’agissant du rôle de l’Etat, les autorités centrales doivent afficher une volonté politique soutenue en matière de lutte contre la corruption et la délinquance financière afin de bénéficier de la confiance du peuple et des partenaires au développement. Pour parvenir à un résultat probant, l’Etat se doit d’appliquer rigoureusement les textes législatifs et réglementaires en vigueur en tenant compte des critères de probité et d’intégrité dans le recrutement et la nomination des cadres, et bien évidemment la justice doit veiller sur l’éthique des élus locaux et nationaux.

Un autre aspect important à prendre en considération, il s’agit des conditions de vie et de travail des agents. Une lutte efficiente et efficace contre la corruption passe nécessairement par l’amélioration des conditions de vie et de travail des agents du secteur public mais aussi leur formation et leur sensibilisation à l’éthique de transparence dans la gestion des affaires publiques. 

En substance, l’Etat doit envisager des mesures adéquates à la moralisation de la vie politique et publique du Mali.

Vous l’aurez remarqué, la corruption a vidé l’Etat malien de son sens, en conséquence, aujourd’hui il n’y a plus d’Etat mais plutôt une structure de pouvoir dans lequel, les mêmes personnes alternent et proposent des solutions différentes au même problème.

Que peut et doit faire la société civile?

Par ailleurs, les populations doivent s’organiser et faire pression. Aussi, s’agissant de la population, il faut mettre l’accent sur l’éducation, sur le caractère culturel de la corruption. Il n’y aura de succès que lorsque toutes les associations et les syndicats s’impliquent à fond, à travers les moyens d’information, d’éducation, de sensibilisation et de vulgarisation des méfaits de la corruption, de conscientisation de la population à la citoyenneté et à la lutte contre la corruption et la délinquance financière.

Enfin, Il faut mettre en place un réseau d’organisations de la société civile pour une collaboration avec l’Assemblée nationale et le gouvernement sur des questions budgétaires et autres informations.

Guindo Issiaka, étudiant à l’université de Paris 

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