Mali-Online
Actualité nationale

Evènements du 10 au 13 Juillet 2020 : la responsabilité des forces de l’ordre dévoilée par le rapport de la Minusma

Dimanche 12 juillet 2020 à 14h,enterrement des victimes de l’affrontement d’hier soir entre les forces de l’ordre et les partisans du M5.

Dans un rapport sur les événements du 10 au 13 juillet 2020 publié le lundi 28 décembre 2020, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) fait état de violations et d’atteintes aux droits de l’homme commises par les forces de l’ordre ayant entrainé la mort de Quatorze manifestants dont deux enfants.

Les 10, 11, 12, et 13 juillet 2020 des violences ont éclatées entre les forces de l’ordre et les manifestants du Mouvement 5 juin Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) occasionnant des pertes en vies humaines. C’est ainsi que conformément à son mandat de promotion et de protection des droits de l’homme, la Minusma a déployé, du 20 juillet au 17 août 2020, une mission spéciale d’établissement des faits, composée de 30 chargés de droits de l’homme, un chargé de la protection de l’enfance et de deux experts scientifiques de la Police des Nations Unies , dans le but d’enquêter sur les allégations de violations et atteintes aux droits de l’homme durant les évènements qui se sont produits à Bamako et dans certaines régions du Mali du 10 au 13 juillet 2020.

Selon le rapport publié par cette enquête spéciale ce lundi 28 décembre 2020, l’équipe a eu des entretiens avec les victimes, témoins directs et indirects et/ou les membres de leurs familles, les leaders du Mouvement du 5 juin Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), les groupements de femmes et de jeunes ainsi que des membres des organisations de la société civile de Bamako et de Sikasso et le personnel médical des hôpitaux et centres de santé.

L’équipe a également eu des séances de travail avec les ministres de la Sécurité et de la Protection Civile, de la Justice et des Droits de l’Homme, le président de l’Assemblée nationale, les gouverneurs de Bamako et de Sikasso, les responsables des services de police, de la gendarmerie ainsi que les autorités judiciaires et certaines personnalités visées par les contestations populaires.

« L’équipe a aussi examiné et analysé plus de 50 supports vidéo ainsi qu’au moins 220 clichés photographiques de la police technique et scientifique. Ont été également examinées plus de 350 publications sur les réseaux sociaux et autres médias, notamment les déclarations, discours et commentaires, surtout ceux susceptibles d’inciter à la haine et à la violence. Par ailleurs, l’équipe de l’enquête a visité les principaux sites et endroits où se sont déroulés les incidents notamment, l’Assemblée nationale, l’Office de radio et télévision du Mali (ORTM), la mosquée de l’imam Mahmoud Dicko à Badalabougou, la résidence de la Présidente de la Cour constitutionnelle à Badalabougou, le siège de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’Imam Dicko, le siège du Rassemblement pour le Mali, le Tribunal de la Commune V de Bamako ainsi que les stations-service pillées dans différents quartiers de Bamako », affirme le rapport de la mission onusienne avant d’ajouter : «  Au terme de cette mission d’enquête, la Minusma est en mesure d’établir que, les 10, 11, 12 et 13 juillet à Bamako, quatorze manifestants, tous de sexe masculin, dont deux enfants ont été tués lors des interventions des forces de maintien de l’ordre notamment la Gendarmerie nationale, la Police nationale, la Garde nationale et la Force Spéciale Anti-Terroriste (FORSAT) qui dans certains cas ont fait un usage excessif de la force. Au moins 40 manifestants ont été blessés lors de l’intervention des forces de l’ordre et 118 agents des forces de défense et de sécurité parmi lesquels 81 fonctionnaires de police, ont été blessés du fait d’actes de violence imputables aux manifestants ».

Dans le même rapport, on peut lire qu’au moins 200 personnes (dont six femmes et sept enfants) ont été arrêtées et détenues arbitrairement à Bamako, respectivement à la brigade de recherche de la gendarmerie de Bamako (au Camp 1) ainsi que dans les commissariats de police des 3e , 7e et 10e arrondissement de Bamako dans le cadre de ces évènements. « Toutes ces personnes ont par la suite été libérées, le 13 juillet 2020, sur instruction des parquets d’attache. Ces violations et atteintes aux droits de l’homme se sont notamment déroulées entre autres, à l’ORTM, aux alentours de l’Assemblée nationale, dans le quartier de Badalabougou aux alentours de la résidence de l’Imam Dicko et celle de l’ancienne Présidente de la Cour constitutionnelle, ainsi que dans les quartiers Sogoniko et Mali. Ces faits constituent des violations et atteintes aux droits de l’homme, y compris des exécutions sommaires, extrajudiciaires ou arbitraires et des atteintes au droit à l’intégrité physique et morale », précise la Minusma dans son rapport.

Le rapport fait également état d’actes de vandalisme et de pillage par les manifestants. « Au regard de la loi malienne ces actes constituent des violations du Code pénal national et sont punissables par les juridictions compétentes.  Toutes les preuves et autres documentations collectées au cours de l’enquête de la Minusma seront mises à la disposition des autorités judiciaires à leur requête et conformément au protocole établi. La Minusma exhorte les autorités maliennes à conduire des enquêtes indépendantes, impartiales, crédibles et transparentes pour situer les responsabilités et traduire les auteurs des violations de droits de l’homme et actes de violence devant la justice. La Mission encourage les autorités maliennes à, en cette période de transition politique, redoubler d’efforts dans la lutte contre l’impunité, et à continuer à assurer le respect du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire », ajoute la Minusma.

Issa Diallo

Vous pourrez également être intéressés par

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désabonner si vous le souhaitez. Accepter Lire plus