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Grands chantiers de la transition au Mali: les accords, conventions et autres traités ratifiés par l’État doivent-ils faire l’objet de révision ?

Pancarte lors de la manifestation du 21 Aout 2020 du M5-RFP.

La récente bavure de la force Barkhane à Gao nous amène à passer au crible l’accord sofa, qui depuis sa signature ne cesse de susciter moult interrogations enclines à son bienfondé, beaucoup y voient une certaine duplicité de l’ex puissance coloniale qui voudrait à travers manigances et stratagèmes presser le jus d’un pays déjà en grande difficulté, comme l’avait dit leur patriarche « la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ». Cette coopération entre le Mali et l’Hexagone, s’inscrit-elle dans la dynamique d’un partenariat win win ?

En 2012, pour rappel, lorsque la crise fut à son paroxysme avec la descente en puissance d’une horde de groupes djihadistes vers le Sud du pays, Dioncounda Traoré alors président de la transition sollicita l’appui de la République Française. Ce qui fut fait. L’opération Serval stationnée à la Base française en Cote d’ivoire atterrit au Mali et repoussa de concert avec les Forces de Défense du Mali les djihadistes jusqu’à la porte de Kidal à Anefis. Ce fut donc le début de la présence de la force française sur le sol malien sous divers noms, de l’opération Serval à la force Barkhane, laquelle est en passe de se muer en Takouba.

La France afin d’octroyer un cadre légal à ses soldats intervenant sur le sol malien, signa avec la partie malienne un accord inspiré des clauses dites SOFA/OTAN. Il faut noter que cet accord suscite beaucoup d’interrogations voire d’indignations chez les citoyens maliens. Un deal, aux yeux de certains observateurs, passé entre les parties françaises et maliennes en catimini sans que les maliens ou leurs représentants n’y soient véritablement impliqués.

A la lecture dudit document, bien d’irrégularités ont retenu notre attention. En guise d’exemple l’article 9 qui stipule que « La partie malienne prend en sa charge la réparation des dommages causés aux biens ou aux personnes, y compris lorsque la partie française en est à l’origine ».Cela voudra donc dire en clair, quand les soldats français, lors des opérations, tuent un civile malien, ils ne sont pas juridiquement responsables. À titre illustratif, les soldats de la force Barkhane lors des tirs de sommations pour arrêter un car, à leurs yeux suspects, ont fait trois victimes civiles, la famille de ses victimes pour obtenir réparation, doivent se tourner vers l’État malien, comme pour dire qu’un quitus a été délivré ad vitam aeternam à la soldatesque française ! 

Toute chose de nature à renforcer le doute qui plane autour de ce document « pernicieux ».Aussi, nombreux sont les observateurs qui s’étonnent de ne pas voir la France faire partir de la Minusma. Incorporées à la Minusma, les troupes françaises auraient très bien pu avoir un mandat robuste autonome du mandat général de stabilisation de la situation donné à la mission afin de lutter contre armes, sur le modèle de la Brigade d’Intervention au sein de la Monusco enRépublique Démocratique du Congo.Mais la France préfère garder les mains libres afin d’imposer sa ligne de politique. La théorie du complot est, de ce fait, consolidée et a pour corolaire l’augmentation du « sentiment anti-français, non plutôt anti-politique- française ». Pour preuve, Adama Diarra dit Ben Cerveau, non moins acteur du mouvement M5-RFP, prévoit une manifestation pour dénoncer la présence de la force française sur le sol malien.

Par ailleurs les citoyens maliens ne sont pas les seuls à faire montre de leur inquiétude quant à la présence militaire française au Mali, la même inquiétude est partagée par certains élus de la République française, en l’occurrence Mathilde Pagnot, vice-présidente de la France Insoumise de Jean Luc Mélenchon. Elle a déclaré sur les ondes de RFI que les députes de son parti vont lancer un débat parlementaire sur la présence militaire française au Mali. « Je crois que ni nos compatriotes ni mêmes les maliens ne comprennent pourquoi nous sommes au Mali et il faut un débat parlementaire pour fixer les objectifs et surtout les conditions de sortie, parce que nous n’avons pas vocation à rester au Mali. Et, qu’au Mali comme ailleurs, la solution est politique et non militaire. L’armée française n’a pas vocation à être une force d’occupation du Mali », nous a-t-elle fait savoir.

En outre, la relecture des accords et conventions devraient être ajoutée aux cinq grandes missions de la transition. Poser les jalons d’un État fort passe nécessairement par le renforcement de la souveraineté et tout acte qui entache cela, doit, à notre avis, être revu. Il faut rappeler qu’il n’est pas non plus exclu de diversifier notre coopération militaire surtout que la Russie manifeste de plus en plus son intérêt face à notre continent.

A suivre cession des contrats d’exploitation miniers

KAMANA 

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