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Ibrahim Ikassa MAÏGA « La démultiplication des irrégularités a entrainé pour l’Etat une perte annuelle de plus d’un milliard de francs…»

Moins d’une semaine après le lancement par le colonel Assimi GOÏTA, président de la transition, du Système Intégré de Gestion des Ressources Humaines de l’État (SIGRH), nous avons eu un entretien avec le Ministre de la Refondation de l’État, chargé des relations avec les institutions Pr Ibrahim Ikassa MAÏGA pour en savoir d’avantage sur ce nouvel outil.

Mali-Online : Qu’est-ce qui justifie une telle opération ?

Ibrahim IKASSA MAIGA : Il y a eu une explosion des effectifs de la fonction publique de l’Etat mais également celle des collectivités territoriales dans le cadre de l’expansion de la politique de décentralisation mais cela a entrainé aussi une augmentation des cas de fraude dans ce domaine. Il est ressorti à travers un certain nombre de diagnostics qu’il y a des doubles paiements de salaire des agents qui étaient immatriculés dans deux corps de la fonction publique, soit de l’Etat et des collectivités ou dans plusieurs collectivités en même temps ce qui constituent des sources de pertes énormes de revenus pour l’Etat. Les plus hautes autorités avec à leur tête le Colonel ASSIMI GOITA, Président de la transition et le Premier Ministre, chef du gouvernement ont décidé de regarder un peu plus près pour moraliser la gestion et des effectifs mais aussi la masse salariale payée sur la base du budget d’Etat. 

MO : Alors quel est l’objectif visé du SIGRH ? Vous voulez une refondation ou un assainissement de l’Administration ? 

IBRAHIM I. M : Vous savez les politiques publiques doivent aller dans le sens de la préservation des intérêts supérieurs de la nation. Qui dit politique publique dit une bonne gouvernance et la bonne gouvernance doit s’occuper de la limitation des cas de fraudes mais aussi des dépenses injustifiées au détriment de l’Etat. Ce qui fait qu’aujourd’hui après une opération de transposition qui a été faite en 2018, on s’est rendu compte dans le secteur de l’éducation seulement des collectivités que la démultiplication des irrégularités a entrainé pour l’Etat une perte annuelle de plus d’un milliard de francs. En poussant un peu plus loin au-delà de la fonction publique des collectivités, dans la fonction publique de l’Etat on se rendra compte de l’énormité de cette situation et de pouvoir corriger cela pour résoudre une telle situation. Mais il y a d’autres formes d’irrégularités qui ont été identifiées. C’est que chaque année le nombre de départs à la retraite attendu n’est pas très souvent atteint parce que des agents ont par la bénédiction d’autres fonctionnaires changer leur âge dans le système, ce qui fait que le départ à la retraite était minimisé et les chances de recrutement pour la jeune génération aussi minimisées conséquemment. Donc il fallait entreprendre des opérations pour assainir ces domaines. La stratégie nationale qui est développée aujourd’hui consiste à mettre en place un système intégré de gestion des ressources humaines de l’Etat et des collectivités pour pouvoir faire le point des effectifs sur la base d’une biométrie qui permet de dire qu’un travailleur c’est véritablement un seul et unique travailleur et corrélativement sa position statutaire, son parcours et sa carrière sont établis et les salaires, les traitements et autres indemnités qui lui sont dus, sont également établis pour que les effectifs et la masse salariale soient maitrisés. C’est ce processus qui est en cours. L’originalité étant que c’est l’administration publique, donc c’est l’Etat qui conduira l’opération sans intervention externe et permettra une fois cela fait, qu’on obtienne les résultats escomptés. 

MO : Vous parlez de correction de dysfonctionnements, qui parle de dysfonctionnements parle d’actes ou de personnes malveillantes et dans ce cas sur qui comptez-vous pour mener cette activité ? Étant donné que les mêmes personnes qui bénéficiaient de ces avantages sont ceux qui vont réguler .

IBRAHIM I. M : Vous savez c’est l’occasion qui fait le larron, c’est parce que la situation était permissive que les usagers mais aussi les agents de l’administration chargés de la gestion des ressources humaines se sont adonnés à cœur joie. D’ailleurs, il faut citer dans les irrégularités, les cas de décès qui ne sont pas purgés dans le système et dont les salaires continuent de tomber entre les mains de qui ? Tout cela doit être suivi. Donc il y a quand même un premier travail d’audit et de contrôle qui doit être fait, d’assainissement des règles désormais de gestion des ressources humaines. Maintenant les conséquences en terme de sanctions pourront éventuellement suivre aussi. Cela n’est pas exclu mais pour le moment on est au stade du diagnostic, de l’audit et de l’établissement des principes de meilleure gestion du système. 

MO : Alors de combien de temps avez-vous besoin pour mettre ce dispositif en route et que ça soit opérationnel ?

IBRAHIM I. M : L’opération a commencé en ce mois de mai 2022 pour être bouclée en juillet 2023 c’est-à-dire tout le système mis en place. la gestion va continuer à long terme de façon indéfinie tout en améliorant au fur et à mesure le système qui va être mis en place. 

MO : Après ce cadre pour la refondation de l’Administration, quelles sont les prochaines étapes ?

IBRAHIM I. M : Vous savez, ce projet participe à un certain nombre de projets par exemple la stratégie nationale pour la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption qui est une étude en cours, qui diagnostique tout le système de gouvernance de l’Etat pour pouvoir assainir les principes de gestion et lutter efficacement contre la corruption, la mauvaise gouvernance des affaires publiques. Il y a aussi une stratégie nationale de dépolitisation de l’Administration qui est aussi en cours pour que les plus méritants soient aux postes de responsabilités et que les considérations politiques politiciennes ne puissent les atteindre lorsqu’ils exercent de façon assez efficiente leurs fonctions ou les missions qui leur sont confiées. Il faudrait qu’on minimise l’impact de la décision politique dans le fonctionnement de l’Administration et que, c’est à raison qu’une personne est nommée ou est démise de cette fonction et pas simplement parce qu’une volonté politicienne est là. Mais il y a une étude beaucoup plus importante portant sur la rationalisation des structures administratives de tous les ordres à commencer par les institutions, ce que la réforme constitutionnelle va régler mais il y a aussi le fonctionnement de l’Administration générale en tant que telle ou de l’Administration spécialisée. 

MO : Toutes les belles réformes ont comme limite les comportements des hommes qui doivent les mettre en valeur ou l’adopter. Alors quelle est la place de la stratégie de changement de comportements dans tout cela étant donné que, tant que les hommes n’adoptent pas, le système ne fonctionnera pas.

IBRAHIM I. M : C’est ce qui nous conduit à la refondation de l’Etat. C’est un changement de système quand la vision est claire et que le leadership assume et l’imprime dans le comportement de tous les jours, à soi et à ceux des agents de l’Etat et de tous les agents sociaux, économiques, publics comme privés et d’autres citoyens doivent justement intégrer qu’il y a une nouvelle démarche à intégrer dans tout ce qu’on fait dans la vie de tous les jours et c’est cela la vision de la refondation. Il faudrait que ça soit clairement affirmé, mesurable et détectable à tous les niveaux, et quand on l’imprime dans le quotidien. Il faudrait que le leadership l’assume et que les exécutants soient tenus de cela en ce moment les autres participants jusqu’au niveau citoyen suivront. 

MO : Si le changement est en haut, quelle est la stratégie à adopter pour que la population aussi adhère ?  

IBRAHIM I. M : En fait cette vision a été simplement calquée sur les attentes majeures du peuple, le ressenti du peuple c’est ce qui a été transmuté en vision politique aujourd’hui mais ce n’est pas que le verbe politique, c’est dans le vécu et dans l’acte posé par les décideurs avec à la tête de l’Etat le Colonel Assimi GOITA et son Premier Ministre Dr Choguel K. MAIGA mais aussi toutes les autres institutions de la transition qui ont intégré cela et je pense que cela se vit et le peuple comprend ce qui se passe et supporte. 

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