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Liberté de presse au Mali : 30 ans après, le métier subsiste tant bien que mal

À l’instar des autres pays du monde entier, le Mali a célébré le 03 mai 2021, la journée internationale de la liberté de presse. Sous le thème « L’information comme bien public », le Mali comme d’habitude dédie une semaine pour célébrer la presse, l’occasion de faire une évaluation de la situation de la liberté de presse dans un pays qui côtoie  la démocratie depuis trois décennies. 

La presse malienne a fortement contribué à la rupture absolue dans l’ordre politique avec notamment le renversement du régime du parti unique du général Moussa TRAORE en mars 1991. Ce divorce avec le parti unique qui dominait la vie politique du pays fut provoqué par un mouvement populaire de grande ampleur qui a changé l’ordre politique à la faveur d’une transition donnant ainsi naissance à la démocratie. Ce nouveau régime qui garantit la liberté d’expression dans ses textes a été une bouffée d’oxygène pour les organes privés de presse au Mali. On y voit l’éclosion des médias libres avec la création des radios et quelques organes de presses écrites. Face à la multiplication des organes, il fallait une réglementation du secteur, envahi par une anarchie, invitant tous sans triage à exercer le métier. C’est alors que l’Union des radios et télévisions libres (URTEL) a vu le jour en 1992, puis la Maison de la presse en 1995, l’Observatoire pour l’éthique et la déontologie de la presse (ODEP) créé en 2001. Malgré cette structuration de ces différentes réglementations, la presse malienne présente toujours des syndromes qui la freine dans son élan de compétitivité sous-régionale. 

La problématique de formation des journalistes et l’invasion du secteur par les « Tout venants »

En dépit de la création des organes et l’élaboration des textes pour réguler le métier, un obstacle demeure toujours pour l’essor du métier. C’est celui de la formation des journalistes, cette problématique qui était à l’ordre du jour dès les premières heures d’existence du métier, revient aujourd’hui avec inquiétude. « Aujourd’hui dans la profession nous avons beaucoup de jeunes qui par manque de boulot se sont retrouvés comme journaliste. Nous sommes envahis à ce jour par ‘’les tout venants ‘’. Il y a aujourd’hui une nécessité d’assainir le secteur pour qu’on puisse avoir une presse digne de ce nom. » constate Alassane DIOMBELE, directeur général de l’Office de Radiodiffusion Télévision du Mali (ORTM). 

La floraison des organes de presse en ligne et la naissance des nouveaux métiers sur le réseau social, des « arbres qui cachent la forêt de la presse professionnelle » en l’absence d’une réglementation ad hoc.  

Au fil du temps, les technologies de l’information et de la communication dans notre pays ont connu une grande amélioration. Dans ce paysage de mutation des moyens traditionnels à l’électronique, de nouveaux corps de métiers ont vu le jour. A l’ère des reseaux sociaux, il est difficile de distinguer un journaliste d’un « vidéo man » « chroniqueur web » ou un simple utilisateur qui exploite les options de son « Smart phone ». 

Cette immixtion de « tous » et de « n’importe qui » dans la presse au Mali, découle d’une absence de réglementation du secteur. « Il faut qu’on arrive à améliorer les textes, qu’on adapte les textes aux réalités du moment en prenant en compte le statut du journaliste avec la réglementation de la presse en ligne… ainsi on pourra mettre un frein aux dérapages que nous constatons. » propose Bandiougou DANTE, président de la maison de la presse. Abordant dans le même sens, Alassane DIOMBELE, journaliste indique « Il faut qu’on ait le courage de faire la différence entre les vrais journalistes, les animateurs et tous ceux qui nous accompagnent dans cette profession. Il faut une légifération de la profession, sans cela il sera difficile de distinguer les professionnels de ceux qui exercent le métier par manque d’emploi ».

De la 108 ème place dans le classement de 2020 à la 99 ème place en 2021, un progrès considérable selon Reporter sans frontière

Nonobstant les difficultés que connaissent les journalistes dans l’exercice de leur travail, le Mali a contre toute attente fait un bon positif dans le classement de reporter sans frontières. Une liste de 180 pays et régions, établie selon le critère du degré de liberté dont jouissent les journalistes. De la 108 ème en 2020, le pays se retrouve à la 99 ème place en 2020. « Malgré les difficultés, la précarité, le journalisme malien fait de son mieux. » estime Chahana TAKIOU, directeur de publication du journal 22 Septembre.

Cependant, les disparitions mystérieuses et les enlèvements des journalistes mettent en cause la liberté d’expression au Mali.  « Nous avons des confrères enlevés, le dernier cas remonte à ce mois-ci, un homme de radio, juste après l’enregistrement d’une émission a été enlevé chez lui à Douentzan dans la région de Mopti. Depuis septembre dernier un autre confrère est porté disparu dans la même localité, sans oublier le cas de Birama TOURE, porté disparu depuis 2016 et jusqu’à présent nous n’avons aucune nouvelle de lui. » explique Mariam MAÏGA, journaliste à Studio TAMANI. A cela s’ajoute les menaces, les séquestrations, les bastonnades que subissent les hommes de média maliens quotidiennement.    

En somme, de l’apogée d’une dictature à une démocratie boiteuse, en passant par son influence par le numérique, la presse malienne a parcouru un long trajet conclu par un bilan mitigé, quand on se réfère à la fragilité sociopolitique du pays mais aussi au manque d’estime que subit le quatrième pouvoir au Mali.   

Abdoulaye Konimba KONATE

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