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SOCIETE: L’état des lieux du féminisme au Mali

Des femmes manifestation dans les rues de bamako contre les VBG, semptembre 2020 ( image d’illustration)

C’est à travers l’émission débat africain présentée par Alain Foka de la RFI réalisée le 18 avril 2021 à Bamako que certaines femmes actrices du monde de l’entreprenariat et du leadership au Mali ont eu l’occasion d’indexer les raisons d’un féminisme qui semble être freiné dans son élan. 

Au Mali il faut que la femme se marie et son épanouissement d’après mariage n’est vraiment pas pris en compte, pourvu qu’elle parte de la maison familiale. Et cela est imposé par la tradition. 

Il s’agit là de constat fait par des femmes engagées dans le leadership et l’entreprenariat féminins maliens. Parmi elles, cinq ont été invitées lors du débat à savoir : Coumba Bah, communicante sur les questions de genre, ancienne chargée de communication auprès des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation de la femme (ONU Femmes Mali) ; Aïssata Touré Coulibaly,chef d’entreprise de la société Multichem, présidente de l’Association des femmes chefs d’entreprises du Mali (AFCEM) et du Réseau des femmes opératrices économiques du Mali (RFOE-M), commissaire-coordinateur de la sous-commission Genre à la Commission vérité justice et réconciliation du Mali (CVJR) ; Maye Niaré,vice-présidente de RIFEL’S Mali (antenne malienne du Réseau international des femmes leaders) et directrice de Yes Groupe ; Aïssata Amadou Bocoum, coordinatrice de l’association Citoyenneté-Elles, un cadre d’échange et d’action pour l’égalité des sexes au Mali et Adam Dicko, directrice exécutive de l’Association des jeunes pour la citoyenneté active et la démocratie au Mali (AJCAD). 

Pendant leurs différentes interventions, elles ne se sont pas limitées qu’à pointer du doigt les maux liés à une émancipation que l’on pourrait qualifier d’inachevée, elles ont aussi exposé certaines solutions importantes pour une évolution de la place de la femme malienne en société. 

De manière unanime, ces femmes leaders, sources d’inspiration pour la gent féminine malienne ont identifié trois raisons face à cette problématique qui sont la tradition, la déscolarisation de la jeune fille et le manque de solidarité entre les femmes pour relever le défi. 

La tradition est vue comme problème, car selon sa compréhension par la société malienne, la femme doit se marier et rester une éternelle soumise propos tenus par Aïssata Touré Coulibaly et Aïssata Amadou Bocoum. Les autres femmes présentes ont été d’avis. 

Concernant la déscolarisation, Maye Niaré explique que c’est souvent la maman qui a tendance à retirer sa fille de l’école afin que celle-ci l’aide dans ses tâches ménagères. Raison pour laquelle au Mali, les garçons ont plus accès à l’éducation que les filles. 

En sa qualité d’ancienne chargée de communication auprès des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation de la femme (ONU Femmes Mali), Coumba Bah, quant à elle a rappelé le faible taux d’alphabétisation de la femme au Mali (- de 22%) en précisant qu’on constate des avancées plus au primaire comparé au niveau supérieur qui représente un niveau assez important dans le cursus scolaire. 

Comme solutions, elles préconisent la revue du système éducatif malien dont l’un des points sera la présence de conseillers d’orientation dans les écoles, le militantisme pour un maintien de la jeune fille à l’école, l’acceptation et le respect des droits de la femmeAdam Dicko jeune femme leader, dynamique et anticonformiste affirme, « il ne s’agit pas de soustraire le droit des hommes pour le donner aux femmes, mais il est plutôt question d’accepter qu’elles aient aussi leurs droits et de laisser exercer ces droits. » Dans sa prise de parole, elle précise de ne pas accepter depuis toute petite qu’on lui demande de faire des choses réservées par défaut aux filles. Pour elle, le conformisme est pour la masse.

Au-delà même de scolariser la jeune femme, il faut aussi un véritable travail sur son état d’esprit lié à sa vie de femme, c’est ce que Coumba Bah apporte comme précision. Pour mieux illustrer cette assertion, elle partage une anecdote sur des femmes Ministres maliennes (sans citer de noms) qui malgré leur statut de Ministre ont passé la nuit dans leur cuisine pour un non-respect de couvre-feu (heure d’entrée indiquée par l’homme en général). Elle ajoute que pour certaines d’entre-elles même, il faut négocier son départ en mission une semaine avant auprès du mari. 

À la fin de l’entrevue avant de leur souhaiter bon courage pour le combat qu’elles mènent, Alain Foka a posé la question de savoir s’il y avait un domaine précis où l’on doit encourager les femmes à s’investir davantage. Elles ont répondu qu’il n’y a pas de domaines réservés aux hommes ou aux femmes. De ce point de vue, la femme est à encourager dans tous les domaines. 

Mohamed FOFANA/Malionline 

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