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Sommet Afrique-France de Montpellier: La jeunesse africaine instrumentalisée par Macron ?

Le président français Emmanuel Macron au Sommet Afrique-France, le 8 octobre 2021. AFP - LUDOVIC MARIN

Le vendredi 8 octobre 2021 s’est tenu le 28ème sommet Afrique-France dans un nouveau format, qui a réuni autour du président français Emmanuel Macron des jeunes d’Afrique, de la diaspora, des acteurs du monde de l’entreprise, et de la société civile africaine. Mais des doutes existent sur la réelle volonté d’Emmanuel Macron de rompre avec les anciennes pratiques dans les relations entre son pays et l’Afrique à tel point qu’on puisse se demander s’il n’a pas instrumentalisé la jeunesse africaine.

« J’ai entendu l’appel à mettre en place un fonds de soutien à la démocratie. Nous le doterons de 30 millions d’euros sur trois ans. La France n’en fixera pas les bénéficiaires : cette tâche reviendra à un conseil d’orientation composé de personnalités africaines et de la diaspora » a tweeté le président français Emmanuel Macron juste après le 28ème sommet Afrique-France, qui s’est tenu le 8 octobre 2021 au cours duquel, il a échangé avec 11 jeunes africains sélectionnés parmi les 3000 participants. Si ce Sommet a été une nouveauté dans son format, pour la première fois depuis 1973 aucun chef d’Etat africain n’y a été invité, beaucoup y voient un coup médiatique pour le président français, qui va briguer un nouveau mandat dans 6 mois.

Selon Christophe Boisbouvier de la direction de l’information Afrique à RFI, Emmanuel Macron ne veut sans doute pas « laisser le champ libre aux chinois en Afrique sur le terrain économique et social ». « Il y a aussi un autre calcul, beaucoup plus électoral et politique, tout simple : dans quelque mois, en France, il y aura des élections. A Montpellier ce vendredi, il y aura quelques 700 jeunes venus d’Afrique. Mais aussi il y aura quelques 400 jeunes représentants les diasporas africaines en France et ces diasporas compteront dans les urnes en avril prochain », a affirmé Christophe Boisbouvier à la veille du sommet.

Le Sommet critiqué en Afrique malgré son nouveau format, le 28ème sommet Afrique-France a été l’objet de nombreuses critiques en Afrique. Mahamadou Kane, journaliste à la radio Klédu juge insultant le fait que la France seule puisse rencontrer tous les pays d’Afrique. « Une rencontre entre la France et tout un continent, c’est ça le néocolonialisme. Le problème n’est pas le format mais c’est le fait que la France seule ait la prétention de rencontrer toute l’Afrique, c’est insultant. Il faut mettre fin aux sommets Russie-Afrique, Chine-Afrique, Afrique-France. Le partenariat doit être d’égal à égal. Par exemple : un sommet Mali-France. Emmanuel Macron est l’un des rares présidents du monde, qui est tout le temps critiqué sur sa page Facebook. Dès qu’il poste quelque chose sur l’Afrique ou le Sahel, il est critiqué», explique-t-il sur Renouveau TV.

Dans un communiqué publié le vendredi dernier, le président du Conseil national de la jeunesse du Mali (CNJ-Mali), Habib Dakouo a dénoncé la procédure de sélection des représentants maliens au sommet de Montpellier. « Le Conseil National de la Jeunesse reste attaché au principe de souveraineté et invite la France se croyant donneur de leçon en matière de démocratie de respecter le Peuple Malien. S’il y a lieu d’inviter le Mali à prendre part à une quelconque rencontre, la procédure normale est connue de tous et l’Etat malien doit être l’interface entre la France et ses fils qui doivent aller valablement et dignement le représenter », indique-t-il. Et d’ajouter « L’avenir de l’Afrique se décidera par les africains eux-mêmes et non des identités triées comme dans ses (la France) vieilles habitudes afin de maintenir le continent sous sa domination. Le temps de la manipulation est fini. Halte à la politique française contre l’Afrique à travers ses pions africains ».

Pour le panafricaniste franco-béninois, Kemi Seba, « À ce niveau de débilité chronique politique, et d’instrumentalisation au service du néolibéralisme français, mon problème dans ce sommet n’est même pas Macron qui défend les intérêts de l’oligarchie qui l’emploie. Mon problème, c’est la participation idiote de ces quelques africains, triés sur le volet, assoiffés de reconnaissance, et qui sans s’en rendre compte, participent au narratif du renouvellement du néocolonialisme français ».

L’ancien ministre de la Justice du Mali, Mamadou Ismael Konaté s’est également montré très critique sur le comportement du président français lors de ce sommet en déclarant sur un réseau social : « Par ses mots, ses gestes, son attitude, ses manières de faire, il dégage une arrogance qui met en évidence un certain atavisme : Il prend le Mali pour une colonie et les maliens, ses sujets. Si les prochaines élections devraient se dérouler là, il aurait zéro voix ».

Le sommet Afrique-France du vendredi dernier pourra difficilement changer la perception des Africains de la France. Dans ce contexte, on peut se demander si les participants à ce sommet ne se sont pas laissés instrumentaliser par Emmanuel Macron pour des fins électoralistes.

Issa Diallo

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